Souveraineté, performance, résilience : les nouveaux arbitrages du retail


Entre la multiplication effrénée des moyens de paiement (QR codes, Wallets, BNPL) et l'arrivée de nouvelles infrastructures, le quotidien des retailers ressemble de plus en plus à un exercice d'équilibriste. Souveraineté, performance et résilience : quels sont les nouveaux arbitrages du retail ?
Lors de la dernière table ronde organisée par Purse, Géraldine Cornuel (Head of Digital Payments & Orders Orchestration, Auchan Retail), Yousra Pesquet (Business Developer, CB), Laetitia Dorla (Directrice Business Acceptance France, Wero) et Cédric (Head of Payment France, EY) ont apporté leurs réponses sur ces nouveaux arbitrages.
Pour un géant du retail, l'approche du paiement est d'abord dictée par une réalité opérationnelle tendue. Le coût à la transaction et le taux de conversion restent les maîtres absolus de la décision.
L'un des principaux freins à l'innovation n'est pas le manque de volonté, mais la rigidité des systèmes internes. Si la chaîne de paiement d'un marchand n'est pas assez moderne et que sa feuille de route informatique est figée sur les 18 prochains mois, l'intégration de nouvelles solutions devient un défi opérationnel.
Pour un marchand comme Auchan, une solution doit valider un triptyque strict :
L'un des enseignements majeurs de ce débat est que la souveraineté n'est plus un simple idéal politique européen : c'est une arme de compétitivité commerciale.
Les géants américains et les schemes internationaux affichent des valorisations boursières colossales atteignant les 400 milliards de dollars, leur offrant des fonds quasi illimités pour financer des campagnes marketing agressives ou racheter des pépites technologiques. Pourtant, l'Europe prouve qu'elle sait riposter. La souveraineté se mesure aussi de manière indirecte : par une meilleure maîtrise des coûts et une réduction drastique de la fraude.
Chez Auchan, la souveraineté se traduit par des arbitrages techniques très clairs pour ne pas subir les standards imposés de l'extérieur:
Garantissant "le dernier kilomètre de notre économie", le réseau Cartes Bancaires (CB) avoisine les 80 % de parts de marché en France. Géré sous forme de GIE, il facture ses services à prix coûtant, se révélant jusqu'à 20 fois moins cher que ses concurrents internationaux.
Mais l'argument prix s'accompagne d'une supériorité technique en e-commerce, où CB génère 1 à 3 points de conversion en plus. Cette performance s'explique par le fonctionnement unique du réseau : les banques françaises, qui maîtrisent et détiennent les mécanismes de CB, lui accordent une confiance maximale. En co-construisant les protocoles d'authentification et d'autorisation (via les programmes Fast’R et Safe’R), les taux d'acceptation sont mécaniquement optimisés.
Wero n'est plus un projet sur le papier. Porté par l’alliance inédite des banques européennes, le réseau s'appuie déjà sur une base solide de 54 millions d'utilisateurs entre la France, l'Allemagne et la Belgique.
Laetitia Dorla a rappelé les coulisses de cette aventure technologique : à l'origine (projets Monnet en 2012, puis PEPSI et EPI), l'Europe ambitionnait de lancer une nouvelle carte bancaire. Face à l'hétérogénéité financière des banques et au caractère historique du modèle carte, l'écosystème a opéré un pivot stratégique majeur vers le virement instantané de compte à compte.
La prise de conscience de la valeur de ce bouclier souverain est aussi devenue géopolitique. Les sanctions internationales servent de déclencheurs : l'interdiction récente des paiements Visa et Mastercard à Cuba montre la fragilité d'une dépendance exclusive.
Aujourd'hui, le public s'approprie Wero, brisant les barrières générationnelles. Preuve de cet ancrage dans le quotidien : des communautés de consommateurs ont même lancé une pétition sur Reddit pour exiger que des plateformes comme BlaBlaCar intègrent Wero comme moyen de paiement.
La table ronde a abordé la transformation la plus disruptive de l'année : l'Agentic Commerce. Le comportement des consommateurs évolue à une vitesse fulgurante. Le taux d'adoption des achats délégués à des agents dotés d'Intelligence Artificielle est en train de passer de 4 % en 2024 à 25 % fin 2026.
Preuve que la bascule est opérationnelle : le secteur vient de vivre une première historique en Europe. Le commerçant hollandais Worldline a opéré la toute première transaction commerciale automatisée d'Europe, réalisée de bout en bout entre un agent IA acheteur et un terminal local.
Pour les marchands, le risque est de perdre toute visibilité si leurs systèmes ne deviennent pas immédiatement « IA-ready ». Pour capter ces flux de décision automatisés, les retailers doivent agir sur trois axes clés :
Le paiement a définitivement validé son statut d'actif stratégique majeur pour le commerce. Face à l'explosion des usages (IA, wallets, virement instantané), le danger principal pour les marchands est de fragmenter leur parcours client et de voir leurs coûts techniques s'emballer.
Pour réussir le grand écart entre la maîtrise des coûts et la quête d'indépendance, la solution réside dans l'orchestration de paiement. En s'appuyant sur une plateforme unifiée comme Purse, les retailers reprennent le contrôle de leur architecture.